A l\’occasion de la sortie du film MAN OF STEEL, il était normal que nous nous penchions sur le cas de ce surhomme à part à l\’origine du mythe des super-héros. David Guelou, notre expert es super-héros vous livre quelques révélations sur le kryptonnien le plus célèbre du monde.

 

Quand on pense aux comics on pense aux super-héros. Or quand on pense aux super-héros on pense nécessairement dans l\’inconscient collectif, à Superman. Il s\’agit de la figure de proue du genre. Il y eu d\’autres héros avant lui, d\’autres héros masqués mais il ne porte aucun masque et, bien que certains citerait le Nyctalope du français Jean de La Hire, c\’est bel et bien le premier super héros. Il en est l’archétype et le premier à en mériter le nom au sein d’une bande dessinée. Même « super héros » est devenu une expression commune alors qu’il s\’agit là d’une référence culturelle au premier super héros dans la mesure où même le genre a été donné par son propre nom. Le terme « super » n’était pas utilisé pour décrire des personnages.

\"\"

Le surhomme.

Le rêve humide de Friedrich Nietzsche. Et pourtant…

Il y a eu bien des variantes et de multiples révisions mais l’histoire immuable de base est simple mais reste terriblement efficace.

Un enfant né sur une  planète vouée à la destruction est envoyé par vaisseau spatial sur Terre où il développera de grands pouvoirs qu’il utilisera sous le nom de Superman pour le bien de l’humanité en tant que redresseur de torts mais aussi en arrêtant divers catastrophes dont il prend essentiellement connaissance via son le métier de journaliste de son identité publique :Clark Kent. Superman est affublé d’une combinaison bleue, une cape rouge et d’un « S » stylisé sur son torse. Il est doté d’une force surhumaine, d’une vitesse prodigieuse et d’une résistance hors du commun.

Voilà.

Tout le reste a été rajouté au fur et à mesure du temps.

 

Les parents adoptifs, le père biologique Jor-El, Krypton en tant que nom de la planète,  la kryptonite, Smallville, le Daily Planet… Tout.

Il puise ses origines dans la grande dépression des années trente et  fut créée par Jerry Siegel  et Joe Shuster qui l\’ont conçu  lorsqu\’ils étaient encore au lycée. À ce moment là, il était  un méchant chauve télépathe qui avait  pour but la domination du monde. La  première histoire fut publiée en 1933 et s\’appelait « Reign of the Superman» (Le règne du Surhomme) et qui était une courte histoire dans Science-Fiction Weekly que les deux créateurs produisaient comme nom l’indique chaque semaine. Le résulat n’est pas sans nous rappeler Ultra Humanite qui était une sorte d\’ancêtre de Luthor. Un  personnage chauve dont le génie scientifique et surtout la méchanceté transperçait la page même du lecteur. Les deux créateurs ré imaginèrent  le personnage en tant que héros de la cette année et il perdit toute ressemblance à son alter ego criminel. Ne gardant ainsi que le nom. Shuster le modèle entièrement sur Douglas Fairbanks quand à son alter ego de tous les jours il est visuellement un mélange entre Harold Lloyd et Shuster lui-même. Cependant une photo fut envoyée en 1930 à Siegel par un journaliste et fan de science-fiction du nom de Walter Dennis qui aurait été également une des bases visuelles. Le nom lui vient des acteurs Clark Gable et Kent Taylor.

 

\"\"

Apres de nombreuses tribulations nos auteurs réussirent à faire publier leur histoire par National Allied Publishing qui était devenu Detective Comics, Inc. Leur éditeur Vin Sullivan leur demanda des pages contenant  huit cases de tailles identiques par page mais Siegel et Shuster tentaient une narration avec de plus grosses cases allant jusqu’à aussi peu que cinq cases par page. Ils refusaient de ménager l’impact visuel de leur projet chéri. Siegel alla même jusqu’à décider ce que devait être la couverture, chose rare pour un magazine de la part d’un des scénaristes du contenu. Au bout de cinq ans d’efforts , ils y étaient arrivés : Action Comics 1 sortit en avril 1938 (malgré le fait d’être daté juin 1938, chose coutume pour les publications américaines d’époque) et Superman était en couverture. Deux cent mille exemplaires furent vendus. Dans les années qui suivirent, les ventes allaient passer à un million chaque mois.

 

\"\"

 

Les héros d’aventures sont souvent inspirés de la mythologie gréco-romaine et se divisent en deux catégories :

-Ulysse qui utilise la ruse et toutes les armes qui sont à sa portée pour triompher de ses périples.

-Héraclès  qui  est un demi-dieu et qui détient la puissance nécessaire pour arriver au même résultat que son compagnon d’arme.

Dans un contexte moderne de la bande dessinée américaine, Batman remplace Ulysse dans la mesure où il n’a aucun pouvoir surhumain et Héraclès se voit remplacé par Superman qui utilise les dons quasi divins dont il dispose pour faire régner la justice. On va même jusqu\’à créer un talon d\’Achille pour ce demi-dieu on relève en l\’objet de la kryptonite son seul talon d\’Achille. Un caillou venu de sa planète qui peut littéralement le tuer puisqu’il s’agit en fait de fragments de météorites dont les radiations peuvent non seulement  le destituer de ses pouvoirs mais le tuer suite à une exposition prolongée.

Si le personnage de Clark Kent a été élevé en tant que protestant, plus précisément méthodiste, son héritage culturel kryptonien révèle le tend vers le Raoisme. Il s’agit là de l’adoration de Rao, dieu de la lumière et de la vie. Ce dernier serait  la personnification du soleil rouge autour duquel la planète Krypton tournerait. Dans la vraie vie, il s‘agit de LHS-2520 situé à vingt sept années lumières. Je ne plaisante pas. C’est une véritable étoile. Vérifiez vous-même.

La texte sacré de cette religion est le Livre de Rao et contient un panthéon de quatorze divinités principales, deux cent trois demi-dieux et plus de mille titans. Je n’invente rien. Vraiment.

Mais c’est les tendances des créateurs de notre homme d’acier qui  eurent le plus d’influence sur l’essence du héros. La crise avait frappé de plein fouet les USA  et les opinions politiques ainsi que les origines des deux jeunes hommes allaient forger la fibre morale du personnage. Le nourrisson extraterrestre avait été envoyé à bord d’un vaisseau à des parents adoptifs par ses parents biologiques pour le sauver d’une fin certaine, tout comme Moïse. De plus,Kal-El ressemble phonétiquement aux mots hébreux «  %u05E7%u05DC-%u05D0%u05DC » qui peuvent être interprétés comme « la voix de dieu » et Jor-El comme « la peur/admiration de dieu ». Superman n’est pas sans rappeler également un autre personnage biblique qui serait le sauveur de l’humanité et qui est arrivé des cieux parmi les mortels. Certaines scènes réussies du néanmoins soporifique Superman Returns de Bryan Singer abondent complètement en ce sens. Notons aussi le fait que Kent était au début du vingtième siècle une américanisation courante de « Cohen ».

Passons à l’idéologie de notre héros. Superman était le champion et protecteurs des opprimés. Il se rebelle contre les injustices sociales en tant que Clark Kent ET Superman. Le journaliste n’hésitait pas à montrer du doigt les pouvoirs en place (officiels ou officieux) dans ses articles au Daily Star (oui, j’ai bien dit « Star », on y reviendra) et notre vengeur en collants intervenait physiquement si nécessaire. Les riches proprietaires de mines se contrefichant des normes de sécurité de leurs employés, des hommes d’affaires tentant de profiter l’image publique de Superman, le gouvernement lui-même lorsqu’il fournit des logements dont les normes sont vétustes, les usines miltaro industrielles, des politiciens corrompus, les lobbyistes d’influence. Rien n’était à l’abri de son sens de la justice. Il était moins puissant car il sautait mais ne volait pas et sa force n’avait rien à voir avec la puissance qu’il démontre maintenant mais son attitude était plus agressive, plus engagée et plus préoccupée par des problèmes sociétales que ce que nous avons connu par la suite.

Allant jusqu’à raser des immeubles pour que le gouvernement les reconstruise et s’adresser aux enfants de ces bas-fonds en leur lançant avant de  partir « ce n’est pas de votre faute si vous êtes des délinquants, – c’est ce taudis-c’est les conditions dans lesquelles vous vivez » (Action Comics 8).

Il ne s’agit donc pas de l’Übermensch germanique mais del’être qui est caché derrière une faible façade mais paré à intervenir là où sa notion du bien le mène.