Pour bien commencer l’année je vais vous parler de Flex Mentallo écrit par le génial Grant Morrison et dessiné par Frank Quitely, un duo aussi célèbre pour leur collaboration sur All-Star Superman, JLA Earth 2 et We3. Grant Morrison a puisé son inspiration dans l’histoire du culturiste Charles Atlas pour écrire l’histoire de Flex Mentallo. Parlons donc ensemble bodybuilding: Le culturisme n’existait pas vraiment avant le 19ème siècle, pas avant l’arrivée du grand Eugen Sandow qui organisera le premier concours de culturisme qui se déroula à Londres en 1901 avec parmi les juges Sir Arthur Conan Doyle (la classe!).
C’est en 1904 que sera organisé le premier concours de culturisme américain, à cette époque Charles Atlas s’appelle Angelo Siciliano et il n’y a que 12 ans. Adolescent maigre, il se fait un jour humilier à la plage par un homme qui lui donne un coup de pied en pleine face. A la suite de cette agression Angelo se met au sport et il deviendra le bodybuilder “Charles Atlas”. Il développera sa propre méthode pour développer ses muscles. Une campagne de pub est mise en place avec les aventures de jeunes garçons qui se transforment physiquement grâce au livre d’Atlas.

Ces campagnes peuvent être vues comme des campagnes contre le harcèlement, elles illustrent en effet les agressions qu’a vécues Siciliano/Atlas et comment il est devenu l’homme qu’il est grâce au sport. Le personnage de Flex Mentallo (qui prend l’apparence de Charles Atlas) par Morrison lui naîtra en 1991 dans la série Doom Patrol avant d’avoir sa mini série en 1996. Cette utilisation de l’image de Charles Atlas ne plaira pas à l’organisme du défunt sportif (mort dans les années 70) qui poursuivra en justice DC Comics. Le comics ne sera pas édité pendant plus de 15 ans et ce n’est qu’aujourd’hui que nous avons la publication de la version française aux éditions Urban.
Retour au comics, Grant Morrison nous offre un scénario fragmenté, on ne sait pas vraiment où est délimitée la réalité du rêve et de la fiction. On retrouve Flex Mentallo, un héros de comics qui a la capacité de changer la réalité en contractant ses muscles et qui fait face à une série d’attentat à la bombe dans les lieux publiques et à un complot pour détruire le monde. Il se met à la recherche d’un autre personnage de comics « le Fait » qu’il soupçonne de s’être échappé tout comme lui de son univers fictif et qui pourrait se révéler un possible allié pour sauver le monde. En parallèle nous avons l’histoire du créateur de Flex Mentallo qui est en plein bad trip – il a pris la pilule de trop et pense qu’il vit ses derniers instants – et qui se remémore son enfance, son évolution en tant qu’artiste et la signification qu’avait les superhéros pour lui. L’artiste et sa création se rencontreront-ils au cours de cette histoire?

Ce scénario c’est une lettre d’amour à nous lecteurs de comics, Flex Mentallo c’est un comics qui parle de comics, de ceux qui les créent et de ceux qui les lisent. D’où vient la créativité d’un artiste, pourquoi se raccrocher aux superhéros passé l’âge de l’enfance, les héros existent-ils? Au premier abord le comics peut faire penser à Watchmen: où se cachent les superhéros? qui nous sauvera de la fin du monde? Mais l’oeuvre de Morrison est une réflexion sur le processus de création et sur la part d’enfance que nous ne voulons pas voir disparaître face à la noirceur du monde adulte. Il y a une intemporalité dans le dessin de Quitely qui me plaît particulièrement et qui va de paire avec l’intemporalité du personnage Flex Mentallo,un homme au physique idéal héros en 1900 à travers Eugen Sandow, héros en 1940 à travers Charles Atlas, héros des années 90 et des années 2010 grâce à l’écriture de Morrison. Ce comics fut créé en 1996 et pourtant quand on découvre aujourd’hui cet objet livre on ne pense pas que cette oeuvre a déjà presque vingt ans. L’apocalypse est toujours d’actualité, le harcèlement à l’école est la raison de nombreux suicides (l’histoire d’Amanda Todd en est un triste exemple) et que l’on soit dans les années 40, 90 ou 2000 la perte de l’innocence et le passage à l’âge adulte nous concernent tous. C’est une oeuvre sans âge pour des lecteurs de comics avertis.
Vous l’aurez compris, je suis fan du duo écossais Morrison/Quitely. Flex Mentallo c’est le besoin de superhéros dans un monde qui en est dépourvu, c’est le mythe de Pygmalion à la sauce comics, c’est la fin du monde auquel nous avons échappé en décembre mais qui va repointer le bout de son nez très bientôt, c’est l’enfant en nous qui est en train de mourir mais à qui on fait un bon massage cardiaque. Cette oeuvre parle de nous, de notre imagination, de celle de l’artiste, c’est ambigu et déroutant mais tellement bon! Si après cette lecture vous en voulez encore, je ne peux que vous recommander la mini série Happy par Morrison actuellement publiée aux éditions Image.
Et vous Strange Addicts quelle part les super-héros ont dans votre vie? Vous ont-ils aidé à surmonter des moments durs? Voici la minute « confessions intimes », n’hésitez pas à nous raconter en commentaire une anecdote qui parle de votre amour pour les comics.
Flex Mentallo: sortie le 11 janvier 2013 aux éditions Urban et n’oubliez pas, si vous n’achetez pas ce comics ce sera la fin du monde!
